Enfant, je savais donner

Enfant, je savais donner; j’ai oublié cette grâce depuis que je suis devenu civilisé. J’avais un mode de vie naturel alors qu’aujourd’hui, il est artificiel. Tout joli caillou avait une valeur à mes yeux; chaque arbre qui poussait était un objet de respect. Maintenant, je m’incline avec l’homme blanc devant un paysage peint dont on estime la valeur en dollars – Ohiyesa (L’âme de l’indien)

Depuis notre plus tendre enfance, nous sommes conditionnés et formatés à cette séparation radicale entre l’humain et la nature. Instinctivement, l’enfant tend la main aux autres espèces puis, il est rapidement happé par le tourbillon des concepts sociétaires. Notre mode de vie bétonné favorise notre isolement en nous coupant des autres formes de vies, des vibrations et de la connectivité universelle. Notre « évolution » s’est opérée au détriment des autres règnes dont nous avons précipité la dégradation, voir l’extinction.

L’humain s’invente une légitimité sur son environnement. Il essaye, souvent avec succès, d’exploiter au maximum ce qu’il considère comme sa propriété (terre, forêts, ressources naturelles, animaux, végétaux…) sans se soucier du déséquilibre qu’il crée. La rentabilité et la croissance sont les deux mamelles de l’homme moderne qui fustige celui qui ose prôner un retour à la simplicité, au respect des autres espèces, à la compassion et à l’harmonie.

Je ne vois pas de délégation pour les quadrupèdes. Je ne vois pas de siège pour l’aigle. Nous oublions et nous considérons comme des êtres supérieurs, mais après tout nous ne sommes qu’une infime partie de la création. Nous devons continuer à comprendre où nous sommes. Nous nous trouvons quelque part, et seulement là, entre la montagne et la fourmi, comme partie et petit morceau de la création – Discours d’ouverture prononcé à l’O.N.U. par le Chef Oren Lyons de la Nation Onondaga Haudenosaunee (Confédération des cinq nations iroquoises), au nom des Peuples Autochtones d’Amérique du Nord.

Nous sommes UN.

Illustration : Bruno Leyval